perfection


perfection

perfection [ pɛrfɛksjɔ̃ ] n. f.
• v. 1150; lat. perfectio, onis « complet achèvement »
IDegré le plus haut dans une échelle de valeurs.
1État, qualité de ce qui est parfait, spécialt dans le domaine moral (bien) et esthétique (beau). « C'est à la perfection de sa forme que Baudelaire doit sa survie » (A. Gide). « Sous prétexte que la perfection n'est pas de ce monde, ne gardez pas, soigneusement, tous vos défauts » (Renard). Désir, souci de la perfection. perfectionnisme.
2Absolt; Relig., philos. Réunion de toutes les qualités portées à leur degré le plus haut. absolu, 2. idéal. « là où il n'y a point de bornes, c'est-à-dire en Dieu, la perfection est absolument infinie » (Leibniz).
3Excellence, grande qualité. Le sommet de la perfection. Un modèle de perfection. Degré de perfection.
Loc. adv. vx EN PERFECTION; DANS LA PERFECTION; mod. À LA PERFECTION : d'une manière parfaite, excellente. ⇒ parfaitement. « Tu joues du violon en perfection » (Maupassant). « Leur orgueil de posséder le leur [métier] à la perfection » (Bosco). Elle chante à la perfection.
4 ♦ UNE PERFECTION : une qualité remarquable. « les amoureux découvrent de singulières perfections chez la personne qu'ils aiment » (Stendhal).
Personne, chose parfaite. « C'est une perfection de femme de chambre » (Barbey). perle. Cette machine est une petite perfection. merveille.
II(XIVe) Vx ou littér. État de ce qui est poussé à son terme, de ce qui correspond pleinement à un concept, à un type (bon ou mauvais). achèvement. La perfection des formes, des lignes. La perfection de l'exécution (travail, mouvement, musique, etc.). « Ils semblaient entièrement terrifiés par la soudaineté et la perfection de leur déconfiture » (Baudelaire). ⊗ CONTR. Imperfection. Défaut, faute; défectuosité, difformité ; médiocrité. Approximation.

perfection nom féminin (latin perfectio, -onis) État de quelqu'un, de quelque chose qui est parfait en son genre : La perfection d'un style. Qualité de l'esprit ou du corps portée au plus haut degré : Être doué de toutes les perfections. Personne ou chose parfaite : Cette montre est une petite perfection.perfection (citations) nom féminin (latin perfectio, -onis) Henri Frédéric Amiel Genève 1821-Genève 1881 Plus on aime, plus on souffre. La somme des douleurs possibles pour chaque âme est proportionnelle à son degré de perfection. Journal intime, 26 décembre 1868 Marcel Aymé Joigny 1902-Paris 1967 L'humilité est l'antichambre de toutes les perfections. Clérambard, II, 3, Clérambard Grasset Eugène Grindel, dit Paul Eluard Saint-Denis 1895-Charenton-le-Pont 1952 Il n'y a qu'une vie c'est donc qu'elle est parfaite. Une leçon de morale, les Souvenirs et le présent Gallimard Bernard Le Bovier de Fontenelle Rouen 1657-Paris 1757 Nous ne sommes parfaits sur rien, non pas même sur le mal. Réflexions sur la poétique Jean Grenier Paris 1898-Dreux 1971 Il est aussi noble de tendre à l'équilibre qu'à la perfection ; car c'est une perfection que de garder l'équilibre. Nouveau Lexique Gallimard Anne Thérèse de Marguenat de Courcelles, marquise de Lambert Paris 1647-Paris 1733 Je ne sépare point l'idée de bonheur de l'idée de perfection. Lettres, à l'abbé François Mauriac Bordeaux 1885-Paris 1970 Académie française, 1933 Pour beaucoup de femmes, le plus court chemin vers la perfection, c'est la tendresse. Asmodée Grasset Michel Eyquem de Montaigne château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1533-château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1592 C'est une absolue perfection, et comme divine, de savoir jouir loyalement de son être. Essais, III, 13 Antoine François Prévost d'Exiles, dit l'abbé Prévost Hesdin 1697-Courteuil, près de Chantilly, 1763 On se demande la raison de cette bizarrerie du cœur humain, qui lui fait goûter des idées de bien et de perfection, dont il s'éloigne continuellement dans la pratique. Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut François Marie Arouet, dit Voltaire Paris 1694-Paris 1778 Si l'homme était parfait, il serait Dieu. Lettres philosophiques, XXV Baruch Spinoza Amsterdam 1632-La Haye 1677 La joie est le passage de l'homme d'une moindre à une plus grande perfection. Laetitia est hominis transitio a minore ad majorem perfectionem. L'Éthique, Livre III Baruch Spinoza Amsterdam 1632-La Haye 1677 La tristesse est le passage de l'homme d'une plus grande à une moindre perfection. Tristitia est hominis transitio a majore ad minorem perfectionem. L'Éthique, Livre III Bible Une femme parfaite, qui la trouvera ? Elle a bien plus de prix que les perles. Ancien Testament, Livre des Proverbes XXXI, 10 Commentaire Citation empruntée à la « Bible de Jérusalem ». Bible Par-dessus tout, la charité, en laquelle se noue la perfection. Saint Paul, Épître aux Colossiens, III, 14 Confucius, en chinois Kongzi ou Kongfuzi [maître Kong] 551-479 avant J.-C. On trouve des disciples de la sagesse qui ne sont pas parfaits ; on n'a jamais vu un homme sans principes qui fût parfait. Entretiens, VII, 14 (traduction S. Couvreur) Joost Van den Vondel Cologne 1587-Amsterdam 1679 Qui donc est si parfait qu'il vive sans une erreur ? Joseph à Dothan, III perfection (expressions) nom féminin (latin perfectio, -onis) À la perfection, d'une manière parfaite, excellente. État de perfection, état le plus parfait de la vie chrétienne, fondé sur la pratique des conseils évangéliques (pauvreté, chasteté, obéissance). ● perfection (synonymes) nom féminin (latin perfectio, -onis) État de quelqu'un, de quelque chose qui est parfait en son...
Synonymes :
- achèvement
Contraires :
- médiocrité
- nullité
Qualité de l'esprit ou du corps portée au plus haut...
Synonymes :
- sainteté
Contraires :
- défaut
- défectuosité
Personne ou chose parfaite
Synonymes :
- trésor
Contraires :

perfection
n. f.
d1./d Qualité de ce qui est parfait, état de ce qui a une qualité au degré le plus élevé. Atteindre la perfection. La perfection du style.
à la perfection: parfaitement.
|| THEOL, PHILO Somme de toutes les qualités à leur degré le plus élevé. La perfection de Dieu.
d2./d Qualité excellente, remarquable.
d3./d (Précédé de l'art. indéf.) Chose ou personne parfaite (dans un rôle, une fonction).

⇒PERFECTION, subst. fém.
Qualité, état de (ce) qui est parfait, sans défaut. Anton. imperfection.
A.— [Corresp. à parfait1 I A; le compl. désigne un volume, un processus, etc.] Qualité, état de ce qui a atteint sa plénitude, de ce qui a été poursuivi jusqu'à son terme, de ce qui est parvenu à son achèvement. Synon. achèvement, épanouissement, fin, intégralité, plénitude, totalité; anton. début. Les armes des animaux atteignent leur perfection en même temps que les organes de la génération. Si on leur retranche ces organes avant leur développement, le corps n'atteint plus à sa perfection (BERN. DE ST-P., Harm. nat., 1814, p. 326). Parvenir à la perfection de l'union dont elle [la connaissance par foi] est un commencement (LACROIX, Marxisme, existent., personn., 1949, p. 111) :
1. Pour Aristote même, c'est à la politique que (...) tout demeure subordonné comme à la fin dernière. La cité n'est pas un étage dans l'édifice humain, c'est le couronnement universel. Et là où nous ne voyons plus qu'un degré ou un moyen, il trouvait le terme suprême et la perfection de l'activité humaine.
BLONDEL, Action, 1893, p. 275.
Loc., vx. Mener à perfection. Achever, terminer. Synon. parfaire. À présent le barbier, pour mener à perfection son ouvrage, étalait (...) une mousse onctueuse et, du clair d'un second rasoir (...), raffinait (GIDE, Caves Vatican, 1914, p. 798).
Rem. Les textes où perfection est employé dans le sens A ne sont pas sans évoquer les autres sens du mot, peut-être parce que le sens A commence à vieillir.
B.— Qualité, état de ce qui présente pleinement tous les caractères typiques.
1. [Corresp. à parfait1 I B 1] Qualité, état de (ce) qui réalise pleinement les propriétés attendues, de (ce) qui répond à une norme idéale.
a) [Critères d'ordre quantitatif, physique, matériel] Synon. adéquation; anton. défectuosité, ébauche, esquisse, grossièreté. Perfection de l'organisation, du travail. En observant l'enchaînement de tous les phénomènes de la nature et leur progression hiérarchique, depuis ceux qui ont le plus de simplicité, (...) jusqu'à ceux qui offrent le plus de complexité et de perfection organique (COURNOT, Fond. connaiss., 1851, p. 608). Une de ces créatures médiocres qui ont besoin de la perfection des éléments et auxquelles il faut l'air le plus pur, l'eau la plus pure (GIRAUDOUX, Sodome, 1943, II, 2, p. 98). Un modèle de perfection technique et de progrès médical (Le Monde, 19 janv. 1952, p. 4, col. 2).
Absol. Dans ces maisons que ne trouble aucun écho du dehors, le silence atteint à une qualité, une perfection véritablement extraordinaires (BERNANOS, Journal curé camp., 1936, p. 1034). V. perfectionnement ex. de Decaux.
P. méton. Chose parfaitement réalisée. Notre souper (...) avait cependant pour base une superbe volaille truffée. (...) c'était une perfection. Les truffes surtout étaient délicieuses (BRILLAT-SAV., Physiol. goût, 1825, p. 98).
b) [Critères d'ordre esthétique, intellectuel, affectif, éthique, social] Synon. correction, exactitude, impeccabilité, parachèvement, précision; anton. approximation, imprécision, incorrection, inexactitude, laideur, médiocrité. Perfection intellectuelle; perfection de l'/des art(s), de la/des forme(s), de l'œuvre, du style, des traits. Plan qu'il achèvera avec ce fini et cette perfection de détails qui caractérisent sa manière (GAUTIER, Fracasse, 1863, p. 352). Un beau vers a cette plénitude, cette perfection, cette réconciliation merveilleuse du rythme, de la rime et du sens (ALAIN, Propos, 1930, p. 911). V. bon1 ex. 5 :
2. Le chef-d'œuvre, ce fut un livre parfait (...). Un livre qui, d'emblée, s'imposa comme un modèle. Si bien que peut-être, dans sa perfection, il est responsable de l'attachement un peu exclusif que les géographes français ont marqué, après lui, pour la monographie régionale. Du beau travail français, cette thèse, fignolée avec amour jusque dans ses petits détails.
L. FEBVRE, J. Sion, A. Demangeon, [1941] ds Combats, 1953, p. 381.
Absol. C'est un objet parfait. Mais le goût de la perfection va se perdant et je pressens venir un temps où même elle fera sourire, (...) où (...) la pondération harmonieuse, la nuance, l'art enfin, céderont aux qualités « de choc » (GIDE, Journal, 1943, p. 243). V. perfectible ex. 2 :
3. Un homme de génie disait que la vue de l'Apollon du Belvédère ou d'un tableau de Raphaël, le rendait meilleur. En effet, il y a dans la contemplation du beau, en tout genre, quelque chose qui nous détache de nous-mêmes, en nous faisant sentir que la perfection vaut mieux que nous...
CONSTANT, Princ. pol., 1815, p. 132.
Locutions
Être la perfection (même). Être la meilleure expression ou représentation de toutes les qualités possibles dans tel domaine. C'est la perfection! l'idéal, l'oiseau rare, miss Watson!... (PAILLERON, Monde où l'on s'ennuie, 1869, II, 7, p. 118). Non seulement l'andante est la perfection même, mais dans tout le premier mouvement je sens une singularité élégante, (...) partout un modelé gracile et accompli (DU BOS, Journal, 1928, p. 29).
Être la perfection de (+ subst.). Être la forme la plus réussie de (quelque chose). Une union qui eût été (...) la perfection du mariage (RENAN, Drames philos., Abbesse Jouarre, 1886, I, 5, p. 628).
P. méton.
♦ Gén. au plur. Qualité portée au plus haut degré. Anton. défaut, vice. Être doué de toutes les perfections possibles. Elle réunissait toutes les perfections, la jeunesse, la beauté, la vertu, l'amitié, la tendresse, l'amour, la générosité : c'était le chef-d'œuvre de la nature (RESTIF DE LA BRET., M. Nicolas, 1796, p. 200). Cette sensibilité exquise est-elle un avantage, une perfection? (SENANCOUR, Rêveries, 1799, p. 60). Une foule de délicatesses, de perfections petites mais charmantes, de raffinements particuliers auxquels l'esprit français peut seul prétendre (GOBINEAU, Pléiades, 1874, p. 77). V. bonhomie ex. 2.
♦ Personne ou (plus rarement) chose qui réunit toutes les qualités dans tel domaine. Synon. merveille, (fam.) [pour une pers.] ange, bijou, trésor. Personne (...) n'aurait osé soupçonner Isodore de la plus légère infraction à une loi quelconque de la morale. (...) C'était une perfection, une perle (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Rosier Mme Husson, 1887, p. 689). C'est une personne admirable, une perfection (DUHAMEL, Journal Salav., 1927, p. 7). Ce sont des pinceaux excellents dans la main d'un artiste parfait comme celui dont s'est servi Sesshiu quand il a dessiné ce cercle, une perfection pour toujours, sur la paroi de Kyotô (CLAUDEL, Soulier, 1929, 4e journée, 2, p. 858).
c) MUS. ,,Depuis Francon de Cologne, p[erfection] désigne (...) la division ternaire de l'unité de mesure représentée par la longue ou le groupement par trois des brèves`` (Mus. 1976). Les signes de mesure si nombreux [dans la notation de la musique, dans la 2e moitié du XVe s.] répondent aux subtils calculs rythmiques du principe impair, ou ternaire, appelé perfection, et pair, ou binaire, dit imperfection. Ils dérivent soit du cercle complet, qui est l'emblème de la perfection, soit du demi-cercle, celui de l'imperfection (BRENET Mus. 1926, p. 298).
d) Loc. adv. À la perfection ou (vieilli) dans la perfection, en perfection. De manière parfaite, sans défaut. Synon. le mieux du monde, parfaitement. C'est juste, c'est bien dit, c'est arrangé et concerté en perfection (SAINTE-BEUVE, Port-Royal, t. 5, 1859, p. 383). Véronique continuait d'accomplir dans la perfection tout le détail de ses devoirs. Elle commençait, régulière, sa journée à quatre heures du matin (JOUHANDEAU, M. Godeau, 1926, p. 197). Il réussissait les ressemblances à la perfection et nul ne savait mieux que lui reproduire avec son matériau les particularités des physionomies (QUENEAU, Pierrot, 1942, p. 64). V. chanter ex. de Maupassant.
2. Avec une valeur péj. ou p. iron.
a) [La perfection (notamment formelle, dans le domaine artistique) considérée comme signe de pauvreté intérieure ou comme source d'ennui par sa régularité classique, son manque d'imprévu] Ses traits offraient la perfection et l'insignifiance de la beauté grecque (STENDHAL, Rouge et Noir, 1830, p. 266). Lu de Mérimée quelques pages dont l'ennuyeuse perfection me lasse. (...) Ce ton élégant, cette maîtrise parfaite de ses émotions, (...) cette phrase brillante et glacée (GREEN, Journal, 1929, p. 10). V. amour ex. 273.
b) [Corresp. à parfait1 I B 2 en partic.; le compl. implique un jugement négatif] Caractère de ce qui ne peut être surpassé dans un genre détestable. Par l'atroce comme par le grotesque, cela atteint l'idéal (...). Ces misérables-là sont des échantillons incomparables. Ils arrivent à la perfection de l'infamie (HUGO, Corresp., 1852, p. 43). Cette facilité musicale, qui se contente à peu de frais, cette perfection dans la médiocrité (ROLLAND, J.-Chr., Aube, 1904, p. 61).
Loc. Dans toute sa perfection. Synon. péj. dans tout son éclat, dans toute sa splendeur. Je n'ai rien exagéré. La tête du cocu dans toute sa perfection (DUHAMEL, Désert Bièvres, 1937, p. 259).
C.— Domaine mor., relig. [Corresp. à parfait1 I C; le compl. ou l'adj. se rapporte à une pers. à un aspect de la vie intérieure] Qualité, état de (ce) qui a toutes les vertus. La vertu, (...) la perfection de l'homme, qui consiste à se mettre au-dessus de tous les vains désirs, (...) et à maintenir son âme exempte de plaies et de souillures (MAINE DE BIRAN, Journal, 1821, p. 337). Nous sommes nés pour tendre à la perfection de l'amour, d'un amour qui enveloppe réellement l'universalité des hommes, sans laisser place à la haine contre aucun d'eux (MARITAIN, Human. intégr., 1936, p. 101). V. parfait1 I C ex. de Billy :
4. La perfection de Bouddha est plus belle que celle du christianisme parce qu'elle est plus désintéressée. Six cents ans avant Jésus-Christ, il enseignait la charité, la vie religieuse et monastique, la contemplation (...), et par-dessus tout le sacrifice de soi aux autres sans espoir d'aucune récompense de vie future.
VIGNY, Journal poète, 1859, p. 1346.
Absol. Si les cloîtres renferment de pures mystiques, de véritables saintes, ils tiennent aussi des religieuses moins avancées dans les voies de la perfection et qui conservent bien encore quelques défauts (HUYSMANS, En route, t. 1, 1895, p. 192).
SYNT. Perfection humaine, morale, spirituelle; rare perfection; chemin de la perfection; aspirer à la perfection; approcher, se rapprocher de la perfection.
RELIGION
Perfection chrétienne. ,,État le plus excellent de la vie chrétienne. Il consiste dans la charité, âme de toutes les vertus`` (MARCEL 1938). V. bien3 ex. 10.
État de perfection. ,,Sommet du progrès spirituel accessible en cette vie, après une première phase de purification du péché et une phase intermédiaire d'illumination à l'égard des réalités spirituelles positives (...) état religieux au sens défini par le triple vœu de pratiquer les conseils (pauvreté, chasteté, obéissance)`` (BOUYER 1963). Quand l'être humain est dans l'état de perfection, quand par le secours de la grâce, il a complètement détruit en lui-même le je (S. WEIL, Pesanteur, 1943, p. 36).
D.— 1. PHILOS., MÉTAPHYS. [Corresp. à parfait1 I D] Gén. en empl. abs. Le bien, le bon absolu, l'infini. Synon. idéal, parfait1 (v. ce mot I D empl. subst. masc. sing.). Un immense vœu de perfection et d'absolu, la quête d'un paradis promis, la restitution d'une innocence invraisemblable (BÉGUIN, Âme romant., 1939, p. 393). Tous les obstacles, même la mort, sont enfin transfigurés (...). C'est une heureuse fortune qui nous les fait rencontrer, en nous donnant le sentiment et l'expérience de notre éternité et de notre infinitude. Désormais, nous possédons l'être et le sens de l'être, la perfection du Kosmos et l'accomplissement du moi (J. VUILLEMIN, Essai signif. mort, 1949, p. 213). V. imperfection ex. de Blondel et ex. 2 :
5. Ils [les pythagoriciens] considéraient le monde comme un ordre en voie de formation, un progrès vers le bien. La limite et le nombre étaient à leurs yeux les caractères de cette perfection finie, qui réside dans l'harmonie (...). L'origine des choses devait être placée, non dans la perfection ou le bien, comme elle l'a été par la plupart des écoles, mais plutôt dans le mal, c'est-à-dire dans l'imperfection, croissante avec la série régressive des âges.
RENOUVIER, Essais crit. gén., 3e essai, 1864, p. 167.
SYNT. Perfection absolue, idéale; absolue perfection; perfection de l'être, de la vie; amour de la perfection; besoin, désir, idéal de perfection; notion, sentiment de (la) perfection.
Proverbe. La perfection n'est pas de ce monde. Mais comme (...) le bonheur se trouve dans la perfection et pas ailleurs, que la perfection n'est pas de ce monde (...), il faut espérer une autre économie où la douleur, le mal et le désordre ne seront plus (AMIEL, Journal, 1866, p. 474).
2. THÉOL. Ce qui caractérise Dieu, valeur suprême de ses attributs. Perfection céleste, divine; perfection de Dieu. La perfection divine se définit en fonction de l'amour. (...) ou cette perfection est identifiée au bien en général — ce qui est ambigu et dangereux — ou bien il semble qu'elle se réduise à une sorte d'au-delà tout abstrait, sans communication aucune avec notre vie (G. MARCEL, Journal, 1914, p. 65). La souveraine perfection de Dieu et la bonté infinie qui s'est abaissée jusqu'à notre ordure (BREMOND, Hist. sent. relig., t. 4, 1920, p. 34). V. bien3 ex. 4.
Absolument :
6. Le caractère de Dieu est la perfection : tout ce qui est renfermé dans l'idée de perfection, comme l'immutabilité, la sagesse, la justice, la bonté, doit être attribué à Dieu dans un degré infini, et constitue son caractère métaphysique et moral.
LACORD., Conf. de N.-D., 1848, p. 63.
P. méton.
Au plur. Qualités infinies de Dieu. Comment les joies de Dieu et celles des saints, ne seroient-elles pas universelles (...)? Elles sont le reflet continu des éternelles perfections de notre Dieu (SAINT-MARTIN, Homme désir, 1790, p. 368).
Au sing., rare. Dieu même. Merci, mon Dieu! de m'avoir humiliée à ce point (...). J'ai été ingrate, ô souveraine perfection! J'avais ton image dans le cœur et j'ai cherché l'infini dans la créature (SAND, Lélia, 1839, p. 404).
3. PSYCHOPATHOL. [La perfection considérée comme facteur d'inhibition, lorsqu'elle est l'objet d'un désir démesuré, d'un souci exagéré] La répugnance aux actes particuliers se laisse prendre pour une aspiration à l'infini. (...) ce souci de perfection universelle, loin de révéler une exceptionnelle ampleur de la personnalité, dénonce une origine narcissique chaque fois qu'il aboutit à l'inaction anxieuse (MOUNIER, Traité caract., 1946, p. 717). La recherche de la perfection peut paralyser toute initiative, bloquer toute activité et empêcher toute avance dans la vie (VIREL Psych. 1977).
Rem. (relative aux empl. B, C, D). Comme parfait1 (v. ce mot I D rem.), perfection peut être affecté d'une « modification en plus ou en moins ». Dans ces diverses tournures indiquant une gradation, perfection tend à prendre le sens de perfectionnement. Perfection relative; grande, haute perfection; point de perfection. Voir ce qui, dans chaque nation, a favorisé ou retardé les progrès de ces arts; par quelles causes les divers genres (...) ont atteint (...) une perfection si inégale (CONDORCET, Esq. tabl. hist., 1794, p. 196). Le plus ou moins de perfection pouvant dépendre de l'habileté de l'ouvrier (Voy. La Pérouse, t. 4, 1797, p. 34). Des élaborations répétées qui leur donnent une perfection progressive (CABANIS, Rapp. phys. et mor., t. 1, 1808, p. 211). J'étais à une hauteur, à un degré de perfection et de pureté que je n'atteindrai jamais plus (ALAIN-FOURNIER, Meaulnes, 1913, p. 251).
Prononc. et Orth. :[]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1145 « état de plénitude dans la possession de toutes qualités et l'absence de tout défaut » (WACE, Conception ND, 412 ds T.-L.); 2. a) 1262 « état d'achèvement parfait, de réalisation idéale » (JEAN LE MARCHAND, Miracles ND de Chartres, 25, ibid.); b) 1360 « achèvement, action de finir » (Rançon du roi Jean, Arch. KK 10a, f° 32 r° ds GDF.); 3. a) ca 1530 (une) perfection « (une) qualité » (SONGECREUX, Prénostication, éd. P. Lacroix, 49 v. et 68 v. ds IGLF); b) 1791 d'une pers. (RESTIF DE LA BRETONNE, Tableaux du XVIIIe s., conversion subite ds BRUNOT t. 6, p. 1083); 4. a) 1636 en perfection « de manière parfaite, sans faute » (F. M. MERSENNE, Harmonie universelle, p. 76); b) 1694 en perfection « de manière absolue, totale » (DANCOURT, La Parisienne, Comédies, éd. Fr. Sarcey, 263 ds IGLF : elle hait Damis en perfection). Empr. au lat. perfectio « achèvement complet, état de ce qui est idéal en qualités et sans défauts ». Fréq. abs. littér. :2 926. Fréq. rel. littér. :XIXe s. : a) 5 222, b) 3 000; XXe s. : a) 2 813, b) 4 688. Bbg. GALL. 1955, p. 43, 45, 46, 86, 494.

perfection [pɛʀfɛksjɔ̃] n. f.
ÉTYM. V. 1190; perfectium, v. 1155; lat. perfectio, -onis « complet achèvement »; de perfectus, p. p. de perficere « parfaire », de per-, et facere « faire ».
———
I Degré le plus haut (dans une échelle de valeurs).
1 État, qualité de ce qui est parfait, notamment dans le domaine moral ( Bien, cit. 69; bonté, I., 1.) et esthétique ( Beau, II.; beauté). || Perfection morale. || Avoir une idée de la perfection (→ Complet, cit. 4). || Être épris (cit. 13) de perfection. || Atteindre (cit. 43), s'élever (→ 1. Bas, cit. 21), parvenir à la perfection.Spécialt. || La perfection chrétienne (→ Espérance, cit. 23), évangélique (→ Humble, cit. 10).Il y a dans l'art un point de perfection… (→ Art, cit. 59, La Bruyère). || La perfection dans le style (→ Assortir, cit. 3 et 7). || Perfection de la facture (1. Facture, cit. 2) du dessin, du modelé… Fini. || Artiste, génie qui parvient à la perfection (→ Ébauche, cit. 3). || Le désir de perfection de l'auteur (→ Épreuve, cit. 35). || Courbe d'une radieuse perfection (→ Globe, cit. 2). || La perfection et l'insignifiance (cit. 1) de la beauté grecque.La perfection d'un raisonnement, d'une méthode (→ Exhaustion, cit. 1). || Le français (cit. 17), « que Voiture et Balzac ont porté à sa perfection ».
1 (…) ne cherchons point la chimère de la perfection, mais le mieux possible selon la nature de l'homme et la constitution de la société.
Rousseau, Lettre à d'Alembert.
2 L'idée de la perfection est plus nécessaire aux hommes que les modèles, je ne veux pas dire seulement dans les arts, mais aussi dans les mœurs.
Joseph Joubert, Pensées, XVI, XXVIII.
3 Dans ce cas, le poète semble avoir pour but de proposer aux spectateurs un modèle achevé de la perfection humaine. Tout ce qu'il peut trouver de qualités, il l'entasse sur la tête de son prince ou de sa princesse (…)
Th. Gautier, Voyage en Espagne, p. 221.
4 (Flaubert) n'écrivit guère que pour satisfaire à son idéal et pour s'approcher le plus près possible de la perfection.
A. Thibaudet, Flaubert, p. 269.
5 Tendre à la perfection, donner à une œuvre un temps de travail illimité, se proposer, comme le voulait Goethe, un but impossible, ce sont là des desseins que le système de la vie moderne tend à éliminer.
Valéry, Regards sur le monde actuel, p. 208.
6 (…) c'est à la perfection de sa forme que Baudelaire doit sa survie. L'artiste la doit-il jamais à rien d'autre ? (…)
Gide, Nouveaux prétextes, p. 126.
6.1 La perfection, en art, est une idée-piège. Pour qu'elle trouve toute sa force, il lui faut le passé : perfection des Anciens pour notre XVIIe siècle, de Racine contre les romantiques beaucoup plus que contre Pradon. Fait-elle partie de son mythe, fait-il partie du sien ? Car la perfection s'incarne plus qu'elle ne se définit, et il est instructif que Stendhal vénère Raphaël et traite Racine de perruque, non parce qu'il juge le peintre supérieur au poète, mais parce qu'il accepte, en peinture, un mythe qu'il refuse en littérature. La perfection, si elle se définit mal, désigne bien ses adversaires. On peut l'attribuer à un art aussi manifestement élaboré que celui de Racine; évidemment pas à celui de Victor Hugo, et de Rimbaud, moins encore. La comédie de l'esprit consiste à poser un art comme privé de perfection, ce dont en effet il ne se soucie pas (Shakespeare, Rembrandt), puis à lui opposer la « réussite classique » incarnée dans Raphaël, dans Racine, dans une époque. La perfection est le dieu de l'esprit classique, et l'esprit classique, le juge de la perfection.
Malraux, l'Homme précaire et la Littérature, p. 74-75.
|| « La perfection n'est pas humaine » (Hugo, Post-scriptum de ma vie, « le goût »), n'est pas de ce monde.
7 La perfection, ami, n'est pas plus faite pour nous que l'immensité. Il faut ne la chercher en rien, ne la demander à rien, ni à l'amour, ni à la beauté, ni au bonheur, ni à la vertu; mais il faut l'aimer pour être vertueux, beau et heureux autant que l'homme peut l'être.
A. de Musset, la Confession d'un enfant du siècle, I, V.
8 C'était l'idéal cristallisé en marbre pentélique qui se montrait à moi. Jusque-là, j'avais cru que la perfection n'est pas de ce monde; une seule révélation me paraissait se rapprocher de l'absolu.
Renan, Souvenirs d'enfance…, II, Œ. compl., t. II, p. 753.
9 Sous prétexte que la perfection n'est pas de ce monde, ne gardez pas, soigneusement, tous vos défauts.
J. Renard, Journal, 13 mars 1906.
2 Absolt (relig., philos.). Réunion de toutes les qualités convenables portées à leur degré le plus haut. Absolu, 2. idéal (cit. 17). || Perfection céleste, divine. Dieu, divin (II.).
10 (…) Dieu est absolument parfait; la perfection n'étant autre chose que la grandeur de la réalité positive prise précisément (par abstraction) en mettant à part les limites ou bornes dans les choses qui en ont. Et là où il n'y a point de bornes, c'est-à-dire en Dieu, la perfection est absolument infinie.
Leibniz, la Monadologie, p. 41.
3 (Déb. XVe). Excellence, grande qualité; état de ce qui approche de la perfection (au sens 1.).REM. Dans ce sens perfection peut s'employer au comparatif ou au superlatif. — Degré de perfection (→ Exact, cit. 18). || Choses parvenues à leur plus grande perfection (→ Dégénérer, cit. 7). || Sciences poussées à une certaine perfection (→ Barbarie, cit. 3).Au sens moral. || Le degré de perfection le plus éminent (→ Dévotion, cit. 5). || Nous avons été dans un degré de perfection dont nous sommes déchus (→ Ignorer, cit. 23). || Le sommet de la perfection. || Un modèle de perfection (→ Maître, cit. 62).
11 (ce sermon de Bourdaloue) fut poussé au point de la plus haute perfection, et certains endroits furent poussés comme les aurait poussés l'apôtre saint Paul.
Mme de Sévigné, 378, 5 févr. 1674.
Loc. adv. (1530). En perfection (vx); (1684).Dans la perfection (vieilli) : d'une manière parfaite, excellente. Bien (très bien), parfaitement (→ Le mieux du monde). || En perfection (→ Façonnier, cit. 1; 1. lire, cit. 8). || Danser la bourrée (2. Bourrée, cit. 1) dans la perfection. — ☑ (1668). Mod. À la perfection. || Posséder un métier (cit. 16) à la perfection (→ Gripper, cit. 4).
12 J'ai eu une grande conversation avec M. le Camus (…) il est instruit à la perfection.
Mme de Sévigné, 248, 12 févr. 1672.
13 Tu y serais fort apprécié, d'abord parce que tu joues du violon en perfection (…)
Maupassant, Notre cœur, I, I.
4 (1637). || Une, des perfections. Qualité remarquable. || Voir toutes les perfections dans la personne qu'on aime (cit. 26; → Cristallisation, cit. 4, Stendhal). || Idéalité (cit. 3) parée de nuageuses perfections.Spécialt. || « L'erreur (cit. 10) n'est pas le simple défaut… de quelque perfection » (Descartes).
14 La nature a des perfections pour montrer qu'elle est l'image de Dieu, et des défauts, pour montrer qu'elle n'en est que l'image.
Pascal, Pensées, VIII, 580.
15 Et, dans l'objet aimé, tout leur devient aimable :
Ils comptent les défauts pour des perfections,
Et savent y donner de favorables noms.
Molière, le Misanthrope, II, 4.
16 (…) toutes les actions de notre âme qui nous acquièrent quelque perfection, sont vertueuses, et tout notre contentement ne consiste qu'au témoignage intérieur que nous avons d'avoir quelque perfection.
Descartes, Correspondance, 1er sept. 1645.
17 Il savait que les amoureux découvrent de singulières perfections chez la personne qu'ils aiment. Les trésors d'esprit et de délicatesse qu'il découvrait chez Mina lui persuadaient qu'il était réellement amoureux.
Stendhal, Mina de Vanghel.
18 (…) la jalousie trouve sa joie aux perfections de ce qu'elle aime, et sa plus grande tristesse de ce que ces perfections sont salies ou bien méconnues. L'envieux au contraire souffre de la perfection de quelqu'un et s'efforce de l'imaginer amoindrie.
Alain, les Aventures du cœur, p. 80.
(1791). Personnes. || Cette jeune fille est une perfection ( Ange). || Une perfection de servante ( Perle).
19 Je l'ai prise de confiance, et j'ai bien fait. C'est une perfection de femme de chambre. Je ne crois pas qu'elle ait un défaut.
Barbey d'Aurevilly, les Diaboliques, « Bonheur dans le crime ».
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II (XIVe). Vx ou littér. || La perfection de (quelque chose) : état de ce qui est poussé à son terme, de ce qui correspond pleinement à un concept, à un type, à un modèle. Parfait (II.); achèvement, consommation, couronnement (2.), fin (I., 5.), parachèvement. || Réaliser le type de la vieille fille dans sa funeste (cit. 21) perfection. || « Le triomphe de la modestie et la dernière perfection de l'honnêteté… » : le comble de l'honnêteté (→ Carmélite, cit. 1). || Mener à perfection l'affirmation de soi-même, à son terme (→ Édification, cit. 5).Conduire une chose à son point de perfection ultime. Finir (I.). || Talent parvenu à son point de perfection. Maturité (2.).
20 Ils semblaient entièrement terrifiés par la soudaineté et la perfection de leur déconfiture (…)
Baudelaire, Trad. E. Poe, les Aventures d'A. Gordon Pym, XXII.
CONTR. Imperfection. — Défaut, faute. — Défectuosité, difformité. — Médiocrité. — Approximation.
DÉR. Perfectionner, perfectionnisme, perfectionniste.

Encyclopédie Universelle. 2012.